La césarienne

On le sait, il y a deux façons d’accoucher. Par voie naturelle ou bien par césarienne. Dans cette ode à la naissance, vous découvrirez mon expérience personnelle d’une césarienne non planifiée…

8 décembre 2019. Bébé numéro trois se fait attendre. En retard de six jours, plus personne n’a d’espoir qu’il se pointe le bout du nez…Toutefois, la nature étant ce qu’elle est, je sens pointer quelques fines contractions en matinée. Mes expériences précédentes me sont profitables et je comprends qu’enfin, le travail est commencé! Le petit processus s’enclenche. J’appelle mes parents (qui viendront garder les garçons), je m’habille, j’installe les enfants en face du sapin de Noël pour prendre des photos avec leur nouveau chandail de rennes (pour le calendrier de 2020 qu’on doit commander avant le 13) … Le train-train quoi! Bref, une fois les priorités déterminées et les eaux en moins, nous quittons pour l’hôpital!

Mes contractions sont aux cinq minutes, ça va bien. Je suis de bonne humeur, les infirmières sont gentilles et j’ai hâte de prendre du gaz hilarant (pour la petite histoire, le gaz hilarant est ma méthode de prédilection pour gérer mes contractions (je vous raconterai dans un autre texte). Toutefois, mon travail semble ralentir… Les contractions sont maintenant aux neuf minutes. C’est alors que le sympathique médecin arrive et m’examine pour la première fois. Coup de théâtre! Ce n’est pas une tête qui se pointe, mais une belle paire de fesses. Sidérée, je conteste ce diagnostic!

Il est probable ici, que le docteur, ayant reçu une bonne éducation, se retienne de me traiter de craquée mentale… Au lieu, il me propose de confirmer le tout en passant une échographie. Verdict confirmé. On s’en va en césarienne.

C’est à ce moment que tout commence à débouler. Les infirmières arrivent en file indienne avec leurs tâches respectives. M’informer en trois minutes et quart des risques d’une césarienne, me faire signer des papiers, me mettre une sonde dans l’urètre (ayoye), car une fois gelée je n’ai plus de contrôle sur ma vessie (plus de contrôle sur ma vie tant qu’à moi!), etc. Honnêtement, j’en ai tellement perdu des bouts qu’il y a peut-être, en ce moment, une infirmière qui coule des jours heureux sur mon bras après m’avoir fait signer un contrat lui donnant accès à mon compte de banque! Et tout ça, en gérant d’énormes contractions (maintenant aux deux minutes) et en essayant de ne pas crier sur le personnel qui me refuse le gaz hilarant…

Je me retrouve ensuite sur une civière afin de me descendre au bloc opératoire. Le voyage en ascenseur n’est pas des plus agréables puisque mon chum, qui me tient la main, me fait des points de pression tellement fort que je dois lui demander d’arrêter, par peur qu’aucune épidurale ne puisse engourdir ce mal! Rendu au bloc, le personnel continue de me donner des consignes, des indications, des informations. Merci pour la sollicitude, mais c’est franchement inutile puisque j’ai la capacité d’attention de mon fils de cinq ans qui attend la récréation dans deux minutes… à vous de déterminer laquelle.

Bref, l’opération commence. Mon chum est à côté de moi, vêtu d’un bel ensemble jaune une pièce (p’tit casque et masque inclus), tout à fait agencé avec son teint rousselé. Je suis gelée des pieds jusqu’au sternum. Toutefois, un vent de panique me prend lorsque je sens les infirmières me frotter le ventre avec le désinfectant. Comment suis-je censée sentir ce frottement (où ils vont m’inciser tout à l’heure) alors qu’un anesthésique local se promène dans ma moelle épinière ?! La réponse est très scientifique « C’est normal » … Je ferai avec. Tout va pour le mieux, l’incision est faite et d’ici quelques minutes, notre troisième bébé nous dévoilera son mignon popotin qui fait tant de vagues. Ça y est!

Tout le personnel se retient de nous dévoiler le sexe, car cette tâche est dévolue à mon mari. C’est lui qui a l’honneur de m’annoncer que le réputé péteux est à une grosse fille de 9,6 livres! Waw (finalement j’ai un petit soulagement de l’avoir eue par le ventre plutôt que par vous savez où!). C’est à ce moment que je me mets à pleurer. Toutefois, pleurer est un bien grand mot, puisque mon diaphragme anesthésié ne fonctionne pas. Je dirais donc que meugler est plus juste. À m’entendre, on jurerait qu’une vache en jaquette bleue est en train de mettre bas…Tout cela est très glorifiant.

S’ensuit l’après accouchement… Aux dires de mon mari, cela est un mixe entre farcir une dinde et faire boucherie. La très soigneuse gynécologue (qui en a vu d’autres) démontre une poigne de fer lorsqu’elle reprend mon utérus et mes petits ovaires (laissés SUR mon ventre) et qu’elle tasse les autres organes afin de les remettre en ordre, tel un casse-tête biologique pour les trois à cinq ans. Ensuite, ne comptant pas son fil, elle coud adroitement mon dedans et mon dehors aussi minutieusement qu’un bas de robe de mariée. Quelques minutes plus tard, je sens que la besogne s’achève.

Les infirmières prennent le relais avec mon bébé, la gynéco est partie et ne reste que moi et quelques techniciennes. L’une d’elle m’informe alors qu’elle doit m’insérer un suppositoire afin d’atténuer la douleur post-opération. Je l’entends aussitôt demander à sa collègue si elles ont d’autres suppositoires en stock? Mais pourquoi me dis-je en moi-même? Eh bien c’est fort simple! Elle ne l’a pas mis à la bonne place. QUE OUA! Mais comment peut-on ne PAS le mettre à la bonne place? Je veux dire, aux dernières nouvelles il n’y avait qu’une place pour mettre ça? M’a-t-on doté d’un nouvel orifice pendant cette opération ou quoi? Mais non, j’apprends qu’elle l’a glissé sous mes fesses et qu’elle ne peut pas le récupérer. Premier constat « J’suis vraiment rendu grosse pour qu’on ne puisse pas récupérer un suppositoire sous moi! » Je suis à la fois humiliée et mystifiée… J’ai envie de leur dire de bien vérifier, au cas où une infirmière serait pognée à la même place!

Finalement, remise de toutes mes émotions et après m’être assurée que personne de l’équipe médicale ne manque à l’appel (fiou!), je rejoins ma chambre où je débute une longue convalescence qui sera bien différente de mes deux autres accouchements. Toutefois, avec une belle grosse poupoune en santé, le soutien de ma famille et les couches pour adultes qui font office de sous-vêtements, cela se passe relativement bien. De toute cette épopée, ne reste qu’une fine ligne rouge sur mon ventre qui s’estompe graduellement, tout comme les souvenirs qui y sont reliés.

1 Comment

  1. Lucie
    avril 22, 2020

    Gabrielle tu es sans contredit une auteure à succès. Je me doute que sur le moment cela devait être un peu moins drôle, mais tu sais tellement bien le raconter qu’on à l’impression d’assister à un film humoristique. Merci de partager tes « bons » moments.

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