L’avant-grossesse

Dans une ère où nous sommes habitués à avoir tout très rapidement, nous frappons un mur lorsque nos espoirs ne se concrétisent pas aussi vite que nous le souhaitons. Ce fut le cas lors de notre première tentative de procréation. Je vous raconte aujourd’hui notre expérience, loin d’être unique, mais bien personnelle.

11 août 2012. La journée de notre mariage tire à sa fin. Ce fut un événement à la hauteur de nos attentes, planifié du début à la fin, au détail près. Cette journée marque aussi le tournant pour le début de notre vie de famille. Nous sommes maintenant prêts à accueillir un petit être au sein de notre couple. Nous cessons donc toute contraception et nous nous lançons à corps perdu dans la conception! Un premier mois passe. Bon d’accord, nous ne ferons pas un parcours parfait, ça aurait pu être drôle! Ce sera pour le mois prochain alors. Mais non. Je ris de me trouver aussi impatiente et utopique. Je sais pertinemment que la moyenne de conception tourne autour de six à sept mois. Alors pourquoi suis-je aussi triste de voir les mois stériles qui s’écoulent les uns après les autres? Eh bien parce que je suis habituée de tout contrôler. Je suis habituée de vouloir quelque chose et de l’avoir dans l’immédiat. Mais ça, je ne l’avais pas prévu comme ça. Je dois me ressaisir, ce n’est pas une bébelle que je commande sur Amazon, c’est un bébé!

Mais rapidement, l’impatience commence à faire place à la tristesse. Je suis de plus en plus déprimée et ce vide en moi me pèse trop. Cela devient obsessionnel. Il n’y a pas une heure où je n’y pense pas. Les questions défilent dans ma tête mais demeurent toujours sans réponses…Pourquoi moi? Pourquoi nous? Est-ce qu’on fait partie de ces couples qui apprennent après plusieurs années de vie commune qu’ils sont incompatibles? De toutes ces questions naissent une peur, une amertume, de la jalousie et j’en passe. Je commence à m’isoler de toutes les sorties par peur de croiser une femme enceinte avec son joli bedon.

Et cela ne va pas en s’améliorant puisque l’une de mes belles-sœurs m’apprend qu’elle attend son deuxième enfant. Alors que ça fait huit mois que j’attends le mien, elle, vient d’apprendre que son premier mois d’essai fut fructueux! Toutefois je vois dans ses yeux qu’elle vit ce moment heureux dans la peine. Dans ma peine. Comme mes émotions se mélangent! Je suis réellement contente pour elle mais mon vide s’agrandit de plus en plus. Et je ne suis pas au bout de mes peines, car trois mois plus tard, mon autre belle-sœur vient me rendre visite afin de m’annoncer qu’elle aussi, attend son deuxième bébé…Nous pleurons ensemble. Mon cœur déborde. J’ai tellement hâte de vivre ce moment magique moi aussi. Mais en attendant, j’accepte avec plaisir de devenir la marraine de leurs deux petits bonheurs à venir, un peu de baume sur mon cœur écorché.

Après douze mois sans succès, nous décidons d’entreprendre des démarches de consultation en fertilité. Suite à plusieurs tests nous avons une piste : j’ovule mal! En effet, mes cycles sont tellement longs (entre 50 et 60 jours) que SI j’ovule, mes petits œufs ne sont sûrement pas de bonne qualité. Les hormones de fertilité sont alors toutes indiquées afin d’aider mes ovaires à faire leur travail. C’est ainsi que je commence ce processus. J’en ai pour quatre mois, après nous réexaminerons le tout. Le premier mois est concluant, j’ai un cycle de 30 jours! Waw! L’espoir revient tranquillement. Je commence à me sentir positive et je sors de cette spirale de noirceur dans laquelle je suis depuis plusieurs semaines. Le deuxième mois c’est la même chose, un autre cycle de 30 jours. Je vois ça d’un bon œil. Je n’ai pas trop de symptômes du style « saute d’humeur psychopathe » comme on voit dans les films, ce qui rassure beaucoup mon chum. Puis, par un après-midi de septembre, je reçois la visite de ma meilleure amie. Je vois dans ses yeux que quelque chose la préoccupe…

Alors elle se lance(en s’excusant presque) : elle est enceinte. Ils ont décidé de commencer à s’essayer un mois plus tôt…Eh oui! Ils lancent et comptent, du premier coup. Je retiens mes larmes et je la prends dans mes bras en la félicitant. Je le pense sincèrement. Mais dès qu’elle passe la porte, mon cœur éclate. Mon chum, spectateur, était prêt à faire face à la vague qu’il voyait s’en venir me terrasser. De ses bras solides, il me prend doucement et me laisse pleurer ce flot d’émotions contradictoires. Il ne dit rien. Il sait qu’aucun mot ne pourra apaiser ma peine. Une peine teintée de culpabilité vis-à-vis mon amie. Je ne veux pas lui en vouloir, je ne veux pas être jalouse. Et je sais que d’autres femmes vivent bien pire, je sais que d’autres situations sont beaucoup moins faciles que la mienne…Je sais tout ça! Je veux refouler cette colère qui monte et être simplement heureuse pour elle.

Je veux croire le bon vieil adage « quand on se compare on se console », mais c’est impossible car le cœur se fout d’être raisonnable. Le cœur est brut et il ne veut pas se faire dicter quoi que ce soit par la raison…Toutefois, la seule chose que la raison peut faire en ces circonstances c’est de me marteler que cet état ne sera pas permanent. Que la peine s’estompera tranquillement et qu’elle ne laissera pas de marques. Et c’est vrai. Quelques jours seulement après cette annonce j’ai pu reparler à mon amie et être complètement honnête avec elle. Mais elle savait déjà tout ça (la beauté des amies de longue date!) et elle ne m’en veut pas.  Nous passons donc le reste de la journée à discuter bébé et projets futurs. J’ai le cœur plus léger.

Puis, au troisième mois d’hormones, un matin comme tous les autres, je décide de faire un 150e test de grossesse. Sans plus d’espoir, peut-être plus par habitude, je mouille (avec une expertise remarquable) le petit bâton et je saute dans la douche. En sortant, mes yeux se posent sur deux lignes roses. Deux…Une, Deux. Une, DEUX! Mes jambes flanchent et je m’écroule sur le tapis humide. Est-ce que je rêve? Est-ce que ça m’arrive enfin?! Mon cœur palpite tellement vite que je l’entends cogner dans ma tête. Il semble dire « C’est ton tour ma belle! ». Et je pleure. Mes larmes, comme des torrents dévalent mes joues et s’écrasent sur la céramique. Ma joie est si grande, si puissante. La vague de tristesse en est maintenant une de bonheur que j’accueille à bras ouverts.

Sans perdre une minute, je m’habille et je saute dans la voiture afin d’aller retrouver mon mari sur son chantier. Surpris de me voir arriver, il me demande ce que je viens faire là. Alors, sans dire un mot, je lève doucement mon chandail dévoilant de ce fait, un petit chou doré…Les yeux remplis d’eau, il me prend dans ses bras et accueille, avec la gorge nouée d’émotions, ce cadeau si joliment emballé.

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