Je voulais faire une tarte… en confinement

En ces temps de confinement, il faut se surpasser d’imagination afin de ne pas laisser notre progéniture s’amuser avec notre santé mentale. Notre famille y arrive relativement bien jusqu’ici. Toutefois, ils nous arrivent aussi de vouloir faire certaines choses pour nous-même. Je vous raconte ici comment j’ai tenté l’expérience.

20 avril 2020. Nous sommes en plein milieu d’une crise mondiale sans précédent. Une pandémie ravageuse qui nous force à revoir notre mode de vie de A à Z. Cela fait quatre semaines que nous sommes collés les uns sur les autres et que nous apprenons à cohabiter d’une nouvelle façon. Nous nous considérons chanceux puisque les chantiers de construction sont en pause, ce qui libère mon chum de son travail. Nous sommes donc cinq à la maison, à profiter du temps qui nous est imparti.

Bien que nos journées soient totalement remplies, il m’arrive de vouloir faire quelque chose de différent, de mes dix doigts. C’est pourquoi, en ce plaisant lundi avant-midi, je décide d’entreprendre la réalisation de tartes au sucre. Toutefois, mon mari qui, lui aussi, sent le besoin de se lancer dans la réalisation de quelque chose de nouveau, doit sortir faire une commission.

Le dilemme

Un dilemme s’impose alors à nous : qui de nous deux devra abandonner son projet au profit de la gestion des enfants? Réponse (loin d’être sensée et lourdement influencée par notre égocentrisme désespéré) : aucun des deux. C’est ainsi qu’il quitte la maison, me laissant à mon comptoir, devant mes culs-de-poule. Toutefois, en moins de 20 minutes, je me rends compte que cette décision est loin d’être équitable et que je me suis fait totalement avoir par son regard d’ange et ses promesses d’ivrogne!

Le cauchemar

Le cauchemar commence. J’ai tout juste le temps de mélanger, la cassonade, la crème et le sirop d’érable et de mettre ça sur le feu, que ma petite de quatre mois décide de se réveiller de sa sieste après seulement 30 minutes…Au même moment, j’entends que le ton des enfants monte dans le sous-sol. Il faut dire que c’était tranquille depuis trois minutes, donc une crise devait inévitablement éclater.

Je tends l’oreille afin de savoir si je dois intervenir ou faire semblant de ne pas entendre la chicane. L’option deux me va très bien. Cependant, mon bébé ne semble pas se calmer et les petites barres vertes du moniteur sont maintenant accotées dans le rouge. Signe qu’elle n’est pas sur le chemin du retour aux bras de Morphée. Dans un long soupir à faire pâlir un ouragan, j’entreprends de me laver les mains avant de me rendre au chevet de ma fille.

C’est alors que mon plus grand émerge de la salle de jeux et subtilise furtivement mes emporte-pièces que j’avais laissés sur le comptoir (pour faire des motifs dans ma pâte à tarte). Le temps que je me retourne, il les a soigneusement étalés sur le plancher sale et s’amuse à les déformer joyeusement. Si vous avez bien suivi : mon bébé s’époumone, mon grand se découvre des talents de ferblantier et…mon mélange à tarte est toujours sur le feu! NON!!! L’odeur de brûlé me sort de ma torpeur et je me dirige en épouvante vers le four. Dans un élan désespéré, je soulève la casserole du rond et je prie pour sauver mon mélange.

Après une longue négociation avec moi-même, je me résous à ne pas utiliser ce mélange puisqu’il me sera impossible de dissimuler les nombreux morceaux de croûte noire qui flottent au travers du sucre en ébullition…Je suis doublement déçue puisque je viens de gaspiller l’unique petit pot de sirop d’érable artisanal provenant de l’érablière du papa de mon amie. Merci quand même Sylvain!

La montée de la moutarde

Une bouffée de rage m’étouffe désormais. J’ai besoin de me ressaisir car je n’ai plus les idées claires. Dans cette optique, je décide de renvoyer mon grand au sous-sol. Ouvrant brusquement la porte pour lui indiquer le chemin, je cogne en plein front mon plus jeune posté derrière. Le faisant tomber à la renverse. Les hurlements qui s’ensuivent sont époustouflants.  Mais, plus insulté que blessé, j’arrive à le consoler en le plaçant devant un magique Pat’Patrouille.

Mon plus grand, voyant la fragilité de mon état mental, profite de cette brèche pour, lui aussi, obtenir une permission d’émission. OUI! OUI! OUI! Écoute tout ce que tu veux mon fils! Je dois absolument aller chercher votre sœur qui doit être en train de se demander pourquoi elle mérite si peu d’attention présentement.

Pénétrant en trombe dans la chambre de ma petite, je me rue à son berceau afin de la prendre dans mes bras et lui offrir un réconfort mammaire. Loin de m’en vouloir, elle me gratifie d’un magnifique sourire avant d’entamer sa collation. Épuisée de colère, d’impatience et de déception, je regarde le cadran (question de m’encourager). Certaine de me rapprocher de l’heure bénie de la sieste, j’ai une claque en pleine face alors que je me rends compte qu’il est juste 10 h et que cela fait à peine soixante minutes que mon chum est parti. Éberluée, je ne comprends pas comment j’ai pu vivre autant d’émotions en une heure seulement!

L’arrivée de l’homme

J’entends soudain le son merveilleux de l’auto qui roule sur la gravelle de l’entrée. Emmurée dans une frustration paralysante, je salue mon chum d’un sourire fake en lui mettant la petite dans les bras, puis je cours me cloîtrer dans ma chambre. Loin du bruit, des cris, de la chicane et de ma cuisine sinistrée… J’ai besoin de me retrouver seule afin de respirer normalement. Ressentant un battement de cœur sur deux, j’ai plus que jamais besoin de me calmer, au risque de tomber en défibrillation. Mon chum ne posera aucune question (il connaît parfaitement ce regard qui tue).

Finalement, après une heure d’isolement dans mon isolement, mon cerveau est de nouveau fonctionnel et je peux désormais desserrer les dents. Ma mâchoire qui vient d’être solidement éprouvée m’en remercie. Résolue à ne plus entreprendre de projet personnel en solo, je retourne à notre efficace routine. Le reste de la journée se passe bien, mais les moules à tartes sont maintenant entreposés dans le fin fond de mon armoire en coin. Très, très loin de mes mauvaises idées…

Et toi ton confinement?

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